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Averroès - Ibn Rushd

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Comment aborder Averroès ? En quoi ce philosophe austère, né le 14 avril 1126 à Cordoue en Andalousie et mort le 10 décembre 1198 à Marrakech, qui fut aussi médecin, juriste, théologien peut-il nous parler aujourd'hui ? Son oeuvre consacrée majoritairement au commentaire d'Aristote devrait être réservée aux historiens de la pensée et des sciences. Et pourtant...

 

Eléments de biographie
 

Voyons d'abord sa vie et le contexte dans lequel elle s'est déroulée. Ce qui frappe en premier lieu c'est qu'il a connu durant toute son enfance une période d'instabilité et de guerres. C'est la fin de l'empire almoravide et les chrétiens qui sont proches d'Alméria et de Grenade, sont plus menaçants que jamais.

 

C'est pourquoi lorsque les Almohades berbères apparaissent en 1236 à Cordoue, bien que rigoristes et fondamentalistes, ceux-ci sont positivement accueillis. En effet ils restaurent rapidement la paix civile, sécurisent les frontières, mettent au pas les roitelets des principautés et réunifient l'ensemble du monde musulman de l'Espagne à la Tunisie juqu'au Sahel. Averroès soutient le camp Almohade qu'il servira toute sa vie. 

 

Après des études brillantes de droit - il est issue d'une grande famille de juriste - il poursuit des études de médecine et entame une carrière qui le mènera au sommet comme Grand Cadi (Juge Suprême) de Séville en 1169 puis de Cordoue. 

 

En 1182 il devient médecin et conseiller du Sultan qui l'invite à commenter pédagogiquement l'oeuvre d'Aristote. Ce à quoi il s'emploie malgré ses charges avec un talent qui fera de lui le Commentateur d'Aristote par excellence. La déstabilisation de ses protecteurs almohades en 1189 l'expose à la vindicte des théologiens et des conservateurs qui dénoncent les audaces de sa pensée.

 

En 1195 il est déchu de son poste, son oeuvre brûlée en place publique est qualifiée d'hérétique, il est banni et exilé à Lucéna, une ville réservée aux juifs et aux lépreux. Un an et demi plus tard il est réhabilité à Marrakech où il meurt en 1198. 

 

Averroès... Selon Youssef Chahine et Gilbert Sinoué...

 
Deux initiatives ont tenté d'illustrer ce qu'ils considèrent comme la pertinence d'Averroès et d'attirer l'attention du grand public :  le film de Youssef Chahine et le livre récent de Gilbert Sinoué. Deux orientaux - l'un musulman libéral et l'autre de culture chrétienne. Préoccupés par les tourments et des crises que traverse le monde musulman ils ont posé Averroès comme "la référence" pour un islam de raison et de paix. 

 

Ces deux petites vidéos nous donnent une idée de l'approche et du message. La première est une interview de Gilbert Sinoué et l'autre un extrait du film de Youssef Chahine. 


La suite de notre article permettra de comprendre que si ces auteurs ont le mérite de porter cette figure à la connaissance du grand public, les choses sont un peu plus compliquées...

 

 

 

Un philosophe rationaliste ? 
 

Averroès est tantôt un philosophe rationaliste, tantôt un agnostique pour certains - tandis que pour d'autres il ne reste... qu'un défenseur de l'orthodoxie religieuse élevé au statut de rationaliste par les anti-cléricaux européens du XIXème siècle ! 

 

Il distingue certes la théologie et la philosophie comme deux modes d'exercice de l'intelligence, non contradictoires et non opposables, car  "le Vrai ne peut contredire le Vrai".

 

Pour Averroès on peut, comme il le démontre dans une de ses oeuvres majeures, une fatwa intitulée  "Le discours décisif", connaître autant Dieu par la Démonstration que par la Révélation. 

 

Dans cette recommandation juridico-théologique (la "fatwa") Averroès pousse même les choses assez loin en postulant une relation d'égalité entre philosophie et révélation. Il considère que l'interprétation de la révélation doit être éclairée progressivement par la philosophie. Et que, la Vérité ne pouvant contredire la Vérité, c'est à la philosophie d'éclairer continuellement l'interprétation. Thomas d'Aquin, mettra vigoureusement en question ce postulat en maintenant la philosophie au statut de servante de la "Sainte Doctrine de la Foi".

 

Comme le constatera celui qui voudra approfondir la question, tout cela fait débat. Certaines parties de son oeuvre mettent en cause cette attitude de libéralité vis à vis de la philosophie et de la raison. Mais il reste que sa fameuse fatwa est claire, courageuse et on peut supposer que ses discours et son attitude ont pu parfois varié compte tenu de son statut de législateur orthodoxe dans le contexte social et politique trouble et dangereux qui fut le sien. 
 

Un point remarquable : comme la plupart des philosophes musulmans Averroes rend hommage "au savoir des anciens", en réhabilitant les oeuvres des penseurs antérieurs aux monothéismes révélés.

 

Le scandale de l'Averroisme médiéval

 

Mais en fait le motif principal qui mit Ibn Rushd (non arabe d'Averroès) en délicatesse tant avec les juristes canoniques et les théologiens de son temps (jusqu'à lui valoir le bannissement) - est bien plus radical : c'est l'affirmation de l'éternité de la création, la remise en cause de la résurrection et de la survivance de l'âme. Averroès va même plus loin il affirme que les êtres humains sont "habités" par l'intellect universel, qu'ils ne pensent pas par eux-mêmes  mais sont mûs par celui-ci !   

 

Ces thèses, en conformité avec Aristote, Averroès les fait siennes. Il considère même le philosophe grec à l'égal d'un inspiré de Dieu ! Il en découle à ses yeux que le philosophe doit accéder à une forme d'élévation intellectuelle par l'exercice de la pensée jusqu'à atteindre une félicité de l'intelligence qui lui permet de fusionner avec l'Intellect Universel. 

 

La thèse centrale de la non individualité de l'être humain et de l'intellect universel fait scandale dans les universités européennes du Moyen âge. Elle a des partisans et déchaîne les passions !  Elle fascine les premiers scolastiques au point que Thomas d'Aquin, en 1270, rédige "De l'unité de l'intellect" en ciblant Averroès comme le principale ennemi de la Chrétienté. 

 

Cet oeuvre de Thomas d'Aquin est une oeuvre majeure de la philosophie occidentale. Elle illustre l'affrontement de deux grands philosophes aux vues radicalement opposées :  pour Averroès, inspiré par Aristote, l'homme ne peut pas penser c'est Dieu qui pense en lui, alors que pour Thomas d'Aquin, l'homme pense par lui-même et dispose de l'intégrité de son individualité. Ce débat perdurera jusqu'au XVème siècle et traversera la philosophie médiévale occidentale.

 

Enfin, comme Maïmonide, Averroès considère que la "contemplation de l'Intellect" est réservée à une élite, les philosophes et que le peuple doit se contenter d'une connaissance littérale et simplifiée de la religion, qui doit être strictement codifiée par la théologie. 

 

Comme tous les génies qui ont marqué non seulement leur temps mais l'histoire, Averroès est resté d'actualité jusqu'à nos jours. Ses thèses ont été évoqué par Leibniz, Spinoza, Kant, jusqu'à Freud... Il fait encore débat comme l'illustre la vidéo ci-dessous qui oppose vigoureusement Luc Ferry et Remy Brague...

 

 

L'étrangeté des thèses d'Averroès, en particulier celle du "monopsychisme"  - de l'Intellect universel désincarné - est évoqué de nos jours comme un "refoulé inquiétant" de la pensée occidentale par Jean Baptiste Brenet. Pour ce philosophe Averroès et ses thèses dérangent nos principes de rationalité et ouvrent des questionnements toujours féconds. 

 

 

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